Séance du 5 janvier 2009

 

 

Le mot « tout »

 

 

Le mot tout peut appartenir à 4 catégories grammaticales différentes :

 

Nom :             Des parties qui forment un tout.

 

 

Pronom :      Tout est perdu fors l’honneur.

                        Tous ont bien mangé.

 

Il s’agit d’un pronom indéfini, qui exprime une totalité globalisante (= toutes les choses, tout le monde)

 

1) Déterminant : Tout homme est mortel.

 

 

     2) Déterminant (groupe déterminant) :        Toute la propriété est à vendre.  (a) Elle sort tous les après-midi.

                                                                        Ils vont au cinéma tous les trois jours. (b)

 

a) Dans cet emploi, tout peut exprimer la totalité (a) ou la distribution (b ~ tous les troisièmes jours).

 

b) La grammaire « traditionnelle » considère que tout suivi de le, ce, mon, …, est un adjectif. Elle précise généralement que le mot tout adjectif se place DEVANT le déterminant :

 

Toute la ville en parle.

Tous les participants ont fini la course.

 

Mais, pour la grammaire « moderne » (G.M.F. et même Le bon usage[1]), tout suivi de le, ce, mon, …, est un déterminant ; il forme avec le déterminant qui le suit un groupe déterminant défini.

 

Exemples de groupes déterminants (G.M.F. 158) :

                        J’ai pris le même livre et cet autre ouvrage.

                        Les quelques étudiants présents ont voté.

                        Ses deux mallettes ont été volées à l’aéroport.

 

 

Adverbe :             Ils étaient tout heureux d’avoir vu le Père Noël.

 

 

Le mot tout adverbe est susceptible de varier :

 

Il varie devant un adjectif au féminin commençant par une consonne ou un H aspiré.

 

Elles sont devenues toutes rouges.

Elle était toute habillée de noir.

 

 

Exercices sur le mot « tout »

 

1. Analysez le mot tout :

 

1. Nous devons à nos amis toute notre fidélité. 2. Toute vérité n’est pas bonne à dire. 3. Nous avons marché toute une après-midi dans la forêt. 4. Nous étions toutes joyeuses à l’idée de son retour. 5. Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. (La Fontaine) 6. Nous étions tout ouïes. 7. Tout m’afflige et me nuit, et conspire à me nuire (Racine).

 

 

2. Analysez le mot tout :

 

Nous étions, mon compagnon et moi, tout comprimés dans un laminoir rocheux où nous étions engagés ; tout soudain j’entendis un bruit saccadé, rapide, qui faisait vibrer tout le sol. Tout intrigué, j’invitai mon compagnon, couché à cinq mètres derrière moi, à ne plus remuer et à écouter ; mais il n’entendait rien, alors que je percevais des coups précipités dont la nature m’échappait ; tous pourtant étaient bien résonnants.

Le tout finit par s’éclaircir : les coups, c’étaient les battements tumultueux du cœur de mon camarade ; je les entendais tous à cinq mètres de distance et je les percevais par tout le corps. Le plancher creux sur lequel était couché mon compagnon, tout incroyable que cela paraisse, me les transmettait comme un amplificateur ; nous pouvions même compter toutes les pulsations.

 

D’après Norbert Casteret, Au fond des gouffres, in Grevisse, Exercices de

grammaire française. Bruxelles, De Boeck, 3e éd., 2008.

 

3. Remplacez les points par le mot tout, que vous orthographierez correctement :

1. ………… petits qu’ils sont, ils saisissent quand même les ……… d’une relation. 2. ……… honteuse qu’elle fût, elle a demandé son reste ! 3. ……. Rome est couverte de monuments. 4. Elle est comme absente, ………. à ses souvenirs. 5. Avant de partir …….. une après-midi, appelle la patronne. 6. Mes deux frères, et moi, nous étions ……. enfants. (Hugo). 7. Elle avait une bague …….. en or.  8. Ma première impression fut …….. d’étonnement et de dégoût. (P. Loti).

 

 

 

 

Le groupe nominal : exercices

 

 

1. Remplacez par une épithète les mots en italique :

 

Des eaux claires comme le cristal :

Une femme qui drague la gent masculine :

Un homme qui aime relever des défis, se lancer dans des projets de grande envergure :

Une douleur qui pique, qui étreint :

Des eaux dures comme le calcaire :

Une offre qui semble très intéressante :

Le personnel qui se trouve à bord d’un avion (par opposition à celui qui reste au sol) :

Une plante qui a du venin :

Un achat qui coûte très cher :

Une récompense qui n’est pas méritée :

 

2. Distinguez les épithètes, les épithètes détachées et les appositions.

 

1. Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu’on eût su voir. (Perrault). 2. Il arriva, fringant et rasé de près. 3. Son père avait une passion honteuse : l’organisation de combats entre fourmis rouges et fourmis noires. 4. Toute honte bue, ils s’en allaient, chantant à tue-tête.

 

3. Quels sont les noms collectifs qui signifient :

 

1. L’ensemble des dents. 2. Une réunion de choses mises les unes sur les autres. 3. Une poésie composée de quatre vers. 4. L’ensemble des soldats combattant à pied (sens vieilli). 5. Les clients d’un médecin ou d’un kinésithérapeute (néologisme).

 

4. Précisez la nature et la fonction des syntagmes de cette fable de Jean de La Fontaine :

 

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
« Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. »
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. »
Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

 

 

 

5. Distinguez les comparatifs (d’égalité, de supériorité, d’infériorité), les superlatifs absolus, les superlatifs relatifs :

 

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux. (Musset). 2. Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ? C’est pour mieux courir, mon enfant. (Perrault) 3. Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde. On a souvent besoin d’un plus petit que soi. (La Fontaine). 4. Leurs voiles étaient meilleures que les nôtres; le vent les favorisait; leurs rameurs étaient en plus grand nombre: ils nous abordent, nous prennent et nous emmènent prisonniers en Egypte. (Fénelon).

 

 

Le « ne » explétif

 

 

Il s’agit d’une particule qui renforce l’idée d’antériorité, de crainte ou d’inégalité, à ne pas confondre avec un « ne » négatif employé seul (ex. : je ne peux vous répondre).

 

Le « ne » explétif n’a pas de valeur négative ; son emploi est facultatif.

Il s’emploie surtout dans la langue écrite et dans la langue soutenue.

 

 

I. On le rencontre dans une proposition subordonnée après

certaines conjonctions de subordination : avant que, sans que, à moins que, de crainte que, de peur que.

Ex. :     Partez, avant qu’il ne soit trop tard.

             

 

les verbes craindre, avoir peur, redouter, éviter, empêcher :

Ex. :     Il faut éviter que cet incident ne se reproduise.

 

 

 

après les adverbes de doute et de négation employés à la forme négative pour exprimer une idée positive.

Ex. :     Je ne doute pas que vous ne fassiez des progrès.

            Nul doute qu’elle n’ait compris. (= Il est certain qu’elle a compris.)

            Vous ne niez pas que vous n’ayez déjà vu l’assassin présumé.

 

II. On le rencontre également dans les phrases comparatives d’inégalité avec plus…que, moins…que, autre…que.

Ex. :     Vous parlez plus que vous n’agissez.

            Je trouve que ce spectacle est moins bon qu’on ne le dit dans la presse.

 

Extraits de Abbadie, Ch., Chovelon, B., Morsel, M.-H., L’expression française écrite et

 orale. Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 1990, p. 65.

Delatour, Y., Jennepin, D., Léon-Dufour, M., Teyssier, B.,

Nouvelle Grammaire du Français. Paris, Hachette, pp. 192-193.

 



[1] Le bon usage parle de « prédéterminant » pour qualifier le tout suivi d’un article ou d’un déterminant démonstratif ou possessif.

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