Cours du 5 mars 2009 : jonctions de phrase et subordonnées

    Dans le texte suivant, extrait de Marina Yaguello, extrait du Catalogue des idées reçues sur la langue, identifiez les types de jonctions de phrase et les subordonnées.

 

La langue de chez nous

 

Les Grecs se faisaient une idée si haute de la valeur de leur langue qu’ils nommaient toutes les autres langues « barbares » (barbare signifiait à l’origine « baragouineur » ; on pense généralement que ce mot provient de l’onomatopée bar bar, représentant les sons incompréhensibles d’une langue étrangères). En France, cela a été une préoccupation constante dans la classe cultivée de hiérarchiser les langues. La recherche de la langue la plus parfaite, la plus logique, la plus harmonieuse, la plus pure a longtemps alimenté des controverses sur les mérites comparés du grec, du latin, de l’hébreu, du français, de l’italien.

Aux dix-septième et dix-huitième siècles, le rayonnement international et le prestige incontesté de la langue française (à la fois comme langue littéraire et comme langue véhiculaire remplaçant le latin) ont implanté de façon durable dans l’esprit des Français l’idée de la supériorité de leur langue. (Il n’est pas inutile de rappeler que, malgré son statut privilégié, le français, à cette époque, n’est parlé que par cinq millions de personnes environ ; il est vrai qu’il s’agit de l’élite européenne.)

Aujourd’hui, le chauvinisme linguistique prend des formes moins élitaires. En trois siècles, le nombre de francophones est passé de cinq millions à au moins cent millions, beaucoup plus si on inclut les populations des états francophones d’Afrique (il faut savoir que dix à quinze pour cent tout au plus de ces populations parlent réellement bien le français). Pourtant notre langue, comme chacun s’en rend compte désormais, est entrée dans une phase de déclin. D’où les tentatives de sensibilisation des masses auxquelles on assiste aujourd’hui et que traduit admirablement pour un public populaire cette chanson d’Yves Duteil : la Langue de chez nous :

 

C’est une langue belle avec des mots superbes, qui porte son histoire à travers ses accents, où l’on sent la musique et le parfum des herbes, le fromage de chèvre et le pain de froment (…). C’est une langue belle et à qui sait la défendre, elle offre les trésors de richesses infinies, les mots qui nous manquaient pour pouvoir nous comprendre et la force qu’il faut pour vivre en harmonie, etc.

 

De triomphant, le chauvinisme est devenu défensif. C’est que la langue française est devenue à son tour, comme tant de langues qu’elles a éliminées ou fait reculer au cours de son histoire, une espèce menacée.

Un Cajun de Louisiane déclarait récemment au cours d’un reportage télévisé — dans un français approximatif : « Nous sommes fiers de la langue française et nous voulons la conserver. » Quand les gens se sentent obligés de proclamer qu’ils sont fiers de leur langue, il y a des raisons de s’inquiéter pour la langue en question. Le français est condamné en Louisiane et la fierté vient trop tard. Est-ce qu’on entend jamais un Américain se proclamer fier de la langue anglaise ?

Une chose est sûre, en tout cas : la vitalité d’une langue, sa capacité à se répandre, à s’imposer, à conserver son terrain, n’est pas liée à de prétendues « qualités », qui lui seraient propres. Aucune langue n’est ni plus belle, ni plus logique, ni plus souple, ni plus facile, ni plus harmonieuse, ni plus efficace dans la communication qu’une autre. La vitalité d’une langue est le reflet fidèle de la vitalité des peuples qui la parlent.

Naturellement, cette vitalité a pris souvent, au cours de l’histoire, la forme du colonialisme et de l’impérialisme — économique, politique et culturel. Aucun peuple n’est mieux placé pour le comprendre que le peuple français, dont l’unité nationale et linguistique s’est faite au prix de la mort ou du recul des langues aujourd’hui qualifiées de régionales.

Il faut s’en convaincre : le chauvinisme, la glorification de la langue française ne seront d’aucun secours dans le « combat » pour la francophonie. Le fait que le français se maintienne pour l’instant en Afrique (en tout cas parmi les élites) est lié essentiellement, malgré les déclarations sentimentales des dirigeants, à la valeur de notre langue sur le marché de l’emploi et dans les échanges économiques. Que demain l’aide des Etats-Unis se substitue à celle de la France et, en moins d’une génération, toutes les élites parleront l’anglais.

Une langue constitue, en quelque sorte, un capital. Si ce capital se dévalue, il devient urgent de s’en constituer un autre. Or, le capital « bonne connaissance du français standard » est dès à présent insuffisant sur le marché national même. Un bon logiciel conçu en français vaut mieux que tous les discours sur la beauté et la clarté du français.

Ce qui ne veut pas dire qu’on ne doit pas aimer sa langue maternelle !

 

Marina Yaguello, Catalogue des idées reçues sur la langue, Paris, Seuil, 2004, pp. 115-118.

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