Orthographe 1 (Mme Finné) cours du 9 octobre 2008

1e bac interprétation – traduction

Grammaire – partim « orthographe » 1 (Mme Finné)

9 octobre 2008

 

 

 

3. La nouvelle orthographe (1990)

 

En octobre 1989, Michel Rocard, alors Premier ministre français, installe le Conseil supérieur de la langue française. Dès sa constitution, il demande un projet d’aménagements orthographiques. Un collège d’experts — parmi lesquels Bernard Cerquiglini, Nina Catach, André Goosse, Charles Muller — est nommé ; le 16 juin 1990, un rapport est présenté par Maurice Druon au Premier ministre, qui l’accepte. Après consultation des avis qui se sont fait jour, ledit rapport — approuvé par les instances francophones compétentes — est publié officiellement au Journal officiel de la République française dans la section des Documents administratifs.

 

Les rectifications proposées visaient à résorber certaines contradictions courantes dans l’orthographe d’usage :

– les accents : on écrit événement, crémerie alors qu’on a une prononciation /è/ ;

– les consonnes géminées : siffler mais persifler, charrue mais chariot ;

– les traits d’union : portefeuille mais porte-monnaie.

 

D’autres réformes ont concerné plus spécifiquement certains aspects particulièrement complexes de l’orthographe grammaticale dont :

– une règle d’accord du participe passé ;

– le pluriel des noms composés.

La dernière réforme en date par l’Académie française, en 1990, a introduit dix règles de modifications sur proposition du Conseil supérieur de la langue française :

 

Règles

Exemples

 

trente-et-un
cinq-cents
six-millième

 

un presse-papier, des presse-papiers
un après-midi, des après-midis

un pèse-lettre, des pèse-lettres

 

événement → évènement
réglementaire règlementaire
je cèderai, ils règleraient

 

 

coûtcout
entraînerentrainer, nous entrainons
paraîtreparaitre, il parait

 

j’amoncèle, amoncèlement
tu époussèteras

 

 

 

des matchs
des scénarios
des jazzmans

révolver

 

 

contrappel
entretemps
tic-tactictac
week-endweekend
agroalimentaire
portemonnaie

 

 

Corole
frisoter, frisotis

 

 

 

 

 

 

aigüe, ambigüe
ambigüité
argüer, gageüre

 

elle s’est laissée mourir → elle s’est laissé mourir

Il y a, en outre, de nombreuses modifications orthographiques sur des mots divers (charriot sur le modèle de charrue, boursouffler sur le modèle de souffler ; nénufar au lieu de nénuphar, imbécilité au lieu d’imbécillité).

Ces « règles » ne sont toutefois que des recommandations. Elles n’ont aucun caractère obligatoire, et c’est pour cette raison qu’elles sont largement ignorées.

 

 

1e bac interprétation – traduction

Grammaire – partim « orthographe » 2 (Mme Finné)

9 octobre 2008

 

Exercice

 

 

Le texte suivant est écrit en « ancienne orthographe ». Souligne les mots pour lesquels il serait judicieux de modifier l’orthographe ! Applique ensuite les simplifications préconisées par les nouvelles recommandations de 1990 (voir tableau).

 

 

 

Ce soir, vingt et un janvier mille neuf cent quatre-vingt-onze, dans la cahute contiguë à ma maison de campagne, où les mangeures et les rongeures de vantail m’ont fait supposer le passage régulier de quelque putois et où j’ai ménagé par toquade une chausse-trape dissimulée sous une serpillière, près du vieux chariot où dorment mes poules, un tohu-bohu soudain vient troubler la dégustation de mon punch à la saccharine. Je songe aussitôt à mon putois : il faut sans surseoir exécuter sur le terreplein du poulailler ce redoutable boute-en-train des prédateurs de basse-cour. Interrompant l’audition des barcarolles et des lieder que distille ma radio, renonçant à la contemplation des appas de la cover-girl dont la photo sur un pousse-pousse orne la première page de mon ciné-roman, je me remémore mon vade-mecum de vénerie pour savoir comment assener le coup de grâce au carnivore intempestif sans prendre le loisir de l’interpeller. Je ne trouve rien. Il semble s’être dissous pendant l’événement.

Une corolle de poules grelottantes m’entoure d’un air étonné et persifleur comme si la cause innommée de cette pagaille n’était autre que mon imbécillité. Tout est en ordre, s’il vous plaît, même les perce-neige en pot que je conserve à l’abri tout l’hiver. Quelque traître me piégerait-i1? pensé-je. Un squatter, un va-nu-pieds, un des nombreux sans-abri de la contrée aurait-il pris mon poulailler pour un relais de poste?

Un voleur peut-être? N’aurais-je pas dû avoir un revolver, en dépit des contre-ordres et de la réglementation? Ou bien aurais-je rêvé les bruits que j’ai entendus se produire? J’en suis là de mes réflexions lorsque j’aperçois, jetés dans un coin un de ces derniers après-midi par mon voisin quincaillier, de vieux abat-jour dont la pile vient de s’effondrer. Mes yeux sont dessillés: voilà la cause de tout ce delirium tremens domestique. J’en aurais attrapé, de peur, un eczéma! Je me retire penaud avec la vélocité d’un mille-pattes et la discrétion d’un croque-mort.

(in JACQUENOD R., Champion d’orthographe, éd. de la Seine, Paris, 2006, p.252)

 

 

 

 

 

 

 

1e bac interprétation – traduction

Grammaire – partim « orthographe » 3 (Mme Finné)

9 octobre 2008

 

Quelques réactions, avis, citations…[1]

Avis du chanteur Renaud (Télérama, 27 juin 1990) :

 

« Je suis résolument contre toute réforme de l’orthographe, cette noble, capricieuse, riche, déroutante vieille dame. Réformons le système d’éducation plutôt que de vouloir niveler par le bas en éliminant tout ce qui fait la complexité, le charme, l’absurdité mais surtout la richesse de la langue française. Réforme ou pas, elle restera de toute façon difficile à apprendre, alors autant conserver la difficulté du mystère et de l’illogisme. Expliquez à un Américain que le mot « ami » prend un E au féminin et un S au pluriel, il se demandera forcément un jour pourquoi « la foi » ne prend pas d’E, le « foie » en prend un E et « une fois » prend un S. Ce jour-là, dites-lui que c’est là le charme de notre langue et que s’il n’est pas content il n’a qu’à apprendre le russe, on ne va pas se laisser emmerder par des gens qui parlent la même langue que les Anglais ! »

 

Avis de Claude Duneton (« Discours aux nénuphars », Revue des Deux Mondes, novembre 1991 :

 

« Rien au monde n’empêchera les lascars à qui l’on offre « nénufar » de marquer « nénufare », ou « nainufare », ou « nez, nu, phare », à volonté !… Ils finiront, voilà le hic, par écrire « water lily » comme tout le monde […]. Le français n’y résisterait pas. […] L’orthographe, voilà le dilemme, devient une cuirasse plus nécessaire que jamais, car une langue qui perd sa cohérence formelle abandonne aussi son statut culturel. Elle devient une chose. » 

 

Avis du journaliste Jean-François Kahn (Dictionnaire incorrect, « Orthographe », Plon, Paris, 2005, p.526) :

 

« Archaïque, irrationnelle et complexe, très évolutive jusqu’à ce que de vieilles barbes la pétrifient en l’état, l’orthographe constitue à la fois un frein à l’intégration culturelle des populations immigrées et le plus important facteur de recul de l’enseignement du français dans le monde. Qu’importe ! L’élite tient à son code autoprotecteur. Et puis, on en a bavé à l’école, on ne va tout de même pas accepter que nos enfants n’en bavent pas à leur tour. »

 

Avis de Theodore Zeldin (Le quotidien de Paris, 29-30 décembre 1990) :

« Depuis un siècle, une association lutte pour la réforme de la langue anglaise. Son principal animateur fut l’écrivain Georges Bernard Shaw. Mais on ne modifie pas l’orthographe en Grande-Bretagne. Nous ne vivons plus à l’époque de Shakespeare où chacun écrivait comme il voulait ou n’écrivait comme les autres que pour paraître plus cultivé. En revanche, aux Etats-Unis, il n’y a pas d’académie : on écrit comme on veut, comme le montrent ces incessantes inventions orthographiques qui sont bien acceptées. C’est peut-être cela la liberté shakespearienne. »

 

Le point de vue de Bernard Pivot (Préface du livre de B. Gaillard et J.-P. Colignon, Toute l’orthographe, Albin Michel, Paris, 2005, p.3) :

 

« L’orthographe ne nous prend pas en traître. Avec ses deux h, elle annonce qu’elle n’est pas commode, qu’elle va nous compliquer la vie. […]

L’orthographe est pour l’essentiel très logique. Quand on ne sait pas, on a beaucoup plus de chance de ne pas se tromper en optant pour la logique que pour l’extravagance. Si je devais désigner un mot dont l’orthographe me paraît être un modèle de rigueur, de bon sens, d’adéquation entre son écriture et la chose désignée, je choisirais libellule, joli et fragile insecte au vol saccadé, doté de quatre ailes et qui s’écrit avec… quatre l. Guidé par le même souci de faire coïncider l’écriture d’un mot avec son image, j’aurais bien ajouté un quatrième p à hippopotame pour assurer à l’animal plus de stabilité sur quatre pattes. »


[1] Extraits de CESPEDES V., Mot pour mot, éd. Flammarion, Paris, 2007.

 

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